Projets et Recherches photographiques
Photographie documentaire — rapport au vivant, mémoire du monde ordinaire, territoire
Mon travail photographique s’inscrit dans une démarche documentaire attentive aux relations que les individus entretiennent avec leur environnement, qu’il soit humain, non-humain, social ou paysager. J’observe la manière dont les territoires sont vécus, habités et traversés au quotidien, en m’attachant à ce qui relève de l’ordinaire, du discret et du peu spectaculaire.
Je développe une photographie de terrain, ancrée dans des situations réelles, qui ne cherche ni à idéaliser ni à dramatiser les contextes observés. Mon regard se construit dans le temps long, par l’immersion, la présence et la rencontre. Les images produites visent à constituer des corpus cohérents, capables de témoigner d’un état du monde à un instant donné, en laissant place à la complexité des relations humaines et au vivant.
Axes de recherche
Rapport au vivant — relation humain / non-humain
Le rapport au vivant constitue l’axe central de ma recherche photographique. J’explore la manière dont les humains coexistent avec le non-humain — paysages, végétaux, animaux, matières — que cette relation soit consciente, marginale, conflictuelle ou absente. Mes images cherchent à rendre visibles ces présences souvent silencieuses, ainsi que les formes d’interdépendance, de distance ou de rupture qui structurent notre rapport au monde vivant.
Rapport humain / territoire
Le territoire est envisagé comme un espace vécu, façonné par des usages, des pratiques, des contraintes et des attachements. Je m’intéresse aux manières dont les individus tentent d’y trouver leur place, d’y construire des repères et d’y maintenir des équilibres, dans des contextes ruraux comme urbains. Le territoire n’est jamais abordé comme un décor, mais comme un cadre relationnel qui influence les comportements, les trajectoires et les formes de sociabilité.
Mémoire du monde ordinaire et micro-rituels
Une part importante de mon travail vise à documenter la mémoire du quotidien : gestes répétés, habitudes, routines, situations banales qui structurent silencieusement les existences. Ces micro-rituels, souvent invisibles ou jugés insignifiants, constituent pourtant une matière essentielle pour comprendre une époque et un territoire. La photographie devient ici un outil de préservation et de transmission de ces formes de vie ordinaires.
Mémoire des savoir-faire traditionnels et du monde paysan
Je consacre également une partie de mes recherches aux savoir-faire traditionnels et au monde paysan, envisagés dans leur réalité contemporaine. Sans nostalgie ni idéalisation, j’aborde ces pratiques à travers les gestes du travail, le rapport au temps long, les contraintes économiques et physiques, ainsi que les transformations à l’œuvre. Ce travail s’inscrit dans une volonté de documenter des pratiques en mutation, souvent menacées de disparition ou de marginalisation.
Une pratique du regard
Ma démarche repose sur une phase d’observation préalable, souvent sans intention photographique définie. J’accorde une place essentielle au temps passé sur le terrain, à la disponibilité et à la présence. L’appareil photographique reste à proximité, non comme un outil de capture systématique, mais comme une possibilité, laissant place à la candeur de la découverte et à l’émergence d’images non préméditées.
La production photographique s’organise ensuite autour du travail en série et de la constitution de corpus. J’associe paysages incarnés, portraits, scènes de vie et détails significatifs afin de construire une narration visuelle cohérente. Selon les projets, cette démarche peut être individuelle ou participative. Dans les projets collectifs, la co-construction des images et du récit avec les participants fait pleinement partie du processus artistique.
Formes de partage
Les projets donnent lieu à des restitutions pensées comme des espaces de partage, de médiation et de circulation des regards. Les formats privilégiés sont :
expositions (en priorité), en lien avec les territoires et les publics concernés
livres, livrets ou fanzines photographiques
projections commentées, ponctuellement
constitution d’archives numériques accessibles
Dans le cadre des projets collectifs, les formes de restitution peuvent évoluer en fonction des propositions des participants ou des partenaires, et s’adapter aux contextes et aux usages locaux.
Projets et recherches
Les projets présentés ci-dessous s’inscrivent dans ces axes de recherche. Ils se déclinent en :
projets individuels, développés sur le temps long
projets collectifs et participatifs, menés en lien avec des publics, des structures éducatives ou culturelles
Recherches personnelles
366–2024 — Fragments d’un quotidien ordinaire
Série réalisée sur une année complète selon un protocole strict — une image par jour, en noir et blanc, au 35 mm et au format paysage.
À partir de scènes ordinaires du quotidien, ce projet explore la photographie comme outil de mémoire du sensible et d’attention au temps vécu.
Le cadre contraint, répété jour après jour, devient un espace d’observation des variations infimes, des ruptures et des continuités qui traversent l’ordinaire.
Sur la route
Série réalisée entre 2017 et 2024, Sur la route explore le regard en situation de déplacement. Photographiés depuis des véhicules en mouvement, ces paysages au format panoramique interrogent notre manière de percevoir les territoires traversés, souvent réduits à un décor fonctionnel.
À travers un protocole formel rigoureux — cadrage horizontal, flou de premier plan, ligne d’horizon stable — la série donne à voir un paysage médiatisé par la vitesse, où le réel se transforme progressivement en espace mental. Le projet propose un glissement du descriptif vers l’abstrait, faisant du trajet non plus un simple passage, mais une expérience sensible du temps et du regard.
HORIZONS
Série photographique réalisée lors des traversées en navette entre le continent et l’île d’Hoëdic.
Depuis un point de vue contraint et mobile, ces images observent le territoire depuis l’entre-deux : ni tout à fait arrivé, ni déjà parti. La répétition du cadre et la variation minimale des signes rendent perceptible le temps du passage, l’attente et la transformation du regard au fil du trajet.
L’horizon maritime y apparaît comme un repère constant mais insaisissable, révélant le déplacement comme expérience sensible plutôt que comme simple transition.
Démarches partagées — photographie et territoire
Ces projets collectifs s’inscrivent dans une pratique de la photographie documentaire attentive aux dynamiques de groupe, aux territoires et aux récits partagés. J’y prends part en tant que photographe participant, au sein de collectifs constitués, parfois sous la direction d’un auteur référent, parfois dans une organisation horizontale fondée sur la concertation et l’échange entre pairs.
Ces expériences nourrissent ma recherche personnelle en confrontant mon regard à celui des autres, en interrogeant la place de l’auteur dans un travail commun, et en explorant ce que la photographie permet lorsqu’elle devient un outil de dialogue plutôt qu’un geste solitaire. Qu’ils s’ancrent dans des contextes sociaux, professionnels ou territoriaux, ces projets questionnent la manière dont des expériences vécues peuvent être observées, racontées et mises en images collectivement, sans effacer la singularité de chaque regard.
Sommes nous essentiels ?
Sommes-nous essentiels ? est un projet photographique collectif initié en 2020 par le collectif Grain d’Pixel, interrogeant la place des métiers invisibilisés mais indispensables révélés par la période de confinement liée à la pandémie de Covid-19.
Participant au projet, j’y ai documenté des professions maintenues en activité — notamment dans les domaines de l’enseignement, de l’éducation et du monde paysan — en résonance avec mes recherches sur le travail ordinaire et les formes de présence discrètes au territoire.
Dirigé par le photojournaliste Raphaël Helle, le projet a réuni une dizaine de photographes autour d’une exposition collective soutenue par la Ville de Besançon.
Le travail de la vigne
Le travail de la vigne est un projet photographique collectif mené en 2023 avec le collectif Grain d’Pixel, documentant une année complète de pratiques viticoles, du greffage à la mise en bouteille, en lien étroit avec les cycles du vivant.
Mené par douze photographes, le projet s’est construit en partenariat avec le vignoble Guillaume ainsi que les communes de Gy et de Charcenne. À travers une approche documentaire attentive aux gestes, aux rythmes saisonniers et aux savoir-faire, il témoigne d’un travail inscrit dans la saisonnalité et le territoire.
L’ensemble des images a donné lieu à une exposition présentée à la Galerie de l’Ancienne Poste de Besançon, ainsi que l’installation de photographique en extérieur sur le domaine Guillaume et les communes de Gy et Charcenne.
